18 mars 1982, Palasport San Lazzaro, Padoue.

Une rencontre Historique, avec un grand « H » vous est proposée au menu de BBallChannel. Ce CSP Limoges – Sibenka Sibenik, à Padoue, premier acte entre les deux protagonistes, rappelle de nombreux souvenirs, à ne pas en douter, parmi les lecteurs passionnés. Douze jours auparavant, les Villeurbannais, en championnat, portent une nouvelle estocade au Cercle Saint-Pierre de Limoges. Alain Gilles, Jacques Monclar et Philippe Szanyiel inscrivant 61 points des 101 points des « Verts » parachèvent un succès retentissant face au Club du moment, le Cercle Saint-Pierre Limoges. Mauvais présage, lit-on dans la presse, Le Mans profite de la déconvenue pour s’installer en tête du Championnat… Qu’importe, les Limougeauds ont rendez-vous avec l’Histoire, le 18 mars 1982, après une qualification homérique pour la finale de la Coupe Korac, face au KK Zadar.

Bandeau Les douze de Padoue 2

L’Echo du Centre, 19 mars 1982 (bandeau supérieur de la une).

Le CSP Limoges de 1982 n’est plus ce patronage modeste évoluant sur le terrain en terre, du « Stade Ventenat », en division promotion Limousin, il y a 50 ans, lors des débuts de sa section Basket-Ball (1931), dont les seuls exploits se résument à des bribes régionales. Depuis 1981, les Limougeauds profitent d’un nouvel écrin, taillé aux ambitions des dirigeants et de toute une ville, une région : le Palais des Sports de Beaublanc, un outil unique avec ses 5 500 places, poussant d’un souffle, le Basket-Ball Français vers de nouveaux horizons. Sa structure s’est considérablement améliorée, le CSP est devenu « Pro », à l’image de ses deux présidents hypers-actifs, Xavier Popelier et Jean-Claude Biojout. Les objectifs sont élevés : décrocher un titre de Champion de France ; bien figuré en Coupe d’Europe. En ce mois de mars 1982, Limoges est dans les clous.

« Sibenik c’est la panique », les Verts arrivent !

Echo du Centre 18 mars 1982 1

L’Echo du Centre, 18 mars 1982

Deux jours avant le grand soir, l’espoir guide Limoges. Ils sont 1500 « Fous de Padoue » à prendre le train, destination Padoue ! La Gare des Bénédictins envahie par une foule d’hommes en Verts et Blanc, n’avait pas connue telle ambiance depuis la Libération. Munis de cornes de brume, bannières bonne-enfant, un poil chauvin et de leurs bobs frappés du sigle du C.S.P, les supporteurs y croient : « CSP, tu gagneras », « Sibenik c’est la panique ».

Quelques heures auparavant, tout autre ambiance : les hommes du « coach » André Buffière embarquent à Limoges-Bellegarde, destination Padoue. Point de pessimisme, à l’heure du décollage,  une force tranquille transparaissait dans le regard des joueurs. Arrivés à 12h à Padoue, les Limousins découvrent le vaste hall aux praticables métalliques du Palasport San Lazzaro. Une arena vaste (7000 places), sans grand confort, remarque l’habitué des salles européennes, André Buffière, accueillant en outre, occasionnellement, l’équipe voisine de première division italienne, Trévise. Le maître à jouer, Jean-Michel Sénégal, est confiant : « Un match c’est un match, même si la victoire de Zagreb en finale de la Coupe des Coupes, devant le Real de Madrid apporte à la cassette que nous avons visionnée un nouvel aspect de la valeur des joueurs de Sibenik ; il semble bien que cette formation, une des dernières-nées du Basket yougoslave de nationale 1, puisse entrer dans nos cordes. Les joueurs de Kulenovic, comme toutes les équipes yougoslaves, ont un système de jeu basé sur l’offensive, sans grande stratégie, mais avec beaucoup de ténacité et une certaine confiance en eux. Il faudra donc être vigilants et sérieux, comme nous l’avons été chaque fois, lors de nos rencontres européennes ». Même son de cloche du côté de l’entraîneur : « Nous sommes arrivés à ce stade de la compétition européenne grâce au sérieux de tous. Mais les joueurs ne devront pas oublier qu’un match se gagne avec les nerfs. Je place ma confiance surtout dans le jeu d’équipe et dans la complémentarité d’un ensemble qui a toujours su se surpasser lorsqu’il a fallu. ». Visiblement les Français veulent vaincre le signe indien, un jour viendra, peut-être demain, où le mot « Français » signifiera « Victoire » en Europe.

Des Yougoslaves aux antipodes du jeu à la française…

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Populaire du Centre, 18 mars 1982

Inquiétude pour les journalistes, les yougoslaves de Sibenik sont arrivés un jour auparavant, une nouvelle donne dans ce match indécis. « Fondé en 1972 [par des étudiants de l’Université de Zagreb, amateurs du basket-ball], il ne lui aura donc fallu que dix ans pour gravir tous les échelons, cas exceptionnel dans le sport yougoslave » nous rapporte ainsi l’Écho du Centre. Le plus jeune des clubs yougoslaves de la première division, promue il y a deux ans à peine, les Dalmates font une forte impression. L’équipe n’est pas entièrement composée de joueurs du cru. Macura, le premier grand (2,05 m) provient de Split et son compatriote, vétéran affirmé à ce même poste, Marcelja (2,04 m), opérait au Cibona Zagreb tout comme Ljubovic. Enfin Jaric était, il y a peu, au Radnicki Belgrade.

Cette saison, Sibenik est entraîné par ancien de Zagreb, Faruk Kulenovic, ambitieux dit-on, depuis une saison chez les oranges. Le jeu impulsé par les hommes de Kulenovic est un jeu rapide, avec une grande part laissé à l’improvisation. Son arme principale, sont les contre-attaques fulgurantes… qui aboutissent généralement en 6 secondes, sur un panier. Pour un tel jeu, Sibenik s’appuie sur son jeune virtuose, Drazen Petrovic, âgé seulement de 17 ans ! À ne pas confondre avec son frère aîné évoluant au Cibona Zagreb, récent vainqueur de la Coupe des Coupes avec le Cibona Zagreb contre le Real de Madrid (96-95). Drazen tourne déjà à plus de 20 points par match, toutes compétitions confondues. Bon organisateur, ce meneur de jeu grand format (1,96 m), est la clé de voûte des croates de la République Socialiste de Yougoslavie. Cet atout majeur s’additionne aux talents des Ljubojevic (l’autre gâchette), Macura (grande expérience à ce niveau), à la paire arrière Djuric-Jaric (des finisseurs hors-pair). Enfin pour compléter, les grands Slavica et Marcelja sont à surveiller, sous la raquette.

Un secret bien gardé, Limoges à l’heure de sa première finale européenne

Richard Dacoury - Finale de la coupe Korac, 1982

Poster dunk de Dacoury sur Petrovic !

La presse ne le sait pas encore, Limoges est résolument prêt. Pourtant, Jean-Michel Sénégal, capitaine du Limoges CSP, se souvient 22 ans plus tard, pour le magazine BasketHebdo (BasketHebdo hors série, Juin 2014, n°3, article Pascal Legendre), à quelques jours de la finale : « On ne connaissait pas Drazen Petrovic, on savait juste que Sibenik avait un gars hors normes. Deux personnes sont allées filmer un match là-bas […]. Ils étaient partis de Limoges en voiture un matin pour aller à Sibenik filmer le match, et ils étaient revenus dans la nuit. Vous imaginez le nombre de kilomètres (3 250) ! À l’époque, on avait très peu de vidéos […] ». Personne n’eut vent de cette information. Les Cerclistes ont étudié minutieusement au préalable, leur adversaire. Au regard de la cassette, le CSP Limoges devra cadenasser le petit Mozart. Entre le géant, Apollo Faye, le jeune Dacoury bondissant et le chef d’orchestre, Jean-Michel Sénégal, les possibilités défensives sont nombreuses.

Populaire du Centre - 18 mars 1982 - Finale coupe KoracLe Cercle Saint-Pierre aura du répondant. L’effectif est pour le moins sympathique. Regardez : en n°4, Yves-Marie Vérove, un ancien de Berck, meneur remplaçant de luxe ; en n°5, Jean-Michel Sénégal, ex-joueur de l’ASPO Tours, malheureux finaliste en 1976 de la Coupe des Coupes quelques années auparavant, est devenu l’un des tous meilleurs meneur du continent ; en n°6, Richard Billet, un ancien de la maison C.S.P, homme de toutes les montées ; en n°7, Richard Dacoury, voltigeur de haut-vol du jeu limougeaud, impétueux, capable d’influencer le cours d’un match, pierre angulaire du « patro » Saint-Pierre ; en n°8, Ed Murphy, la star américaine du CSP à l’adresse diabolique, une assurance tout risque ce Charlie Chaplin du Basket ; en n°9, Irvin Kiffin, une belle armoire à glace made in USA, une belle habilité sous les paniers et un tir à mi-distance soyeux ; en n°10, Apollo Faye, le chouchou de Beaublanc, artisan de la demi-finale contre le KK Zadar, doté d’une détente lunaire, d’une utilité précieuse sous le cercle, capable de sortir des doubles-doubles faramineux, l’alerte verte pour le Sibenka Sibenik ; en n°11, Didier Rose, passé par les Jeunesses Coopératives de Limoges, puis à l’ASPTT Limoges, apporte du sang frais pendant quelques minutes ; en n°13, Koundriokoff, un habitué du Cercle Saint-Pierre, issu d’une famille de basketteurs cerclistes ; enfin en n°15, Jean-Luc Deganis, bon suppléant de la raquette limougeaude.

Enjeux

Ed Murphy - Finale de la coupe Korac 1982

Duel d’anthologie : Ed Murphy vs Drazen Petrovic

Pour Limoges il s’agit de sa première finale européenne tout comme pour Sibenik. Le CSP Limoges doit limiter en priorité le génie de Drazen Petrovic… Un point faible, son tir extérieur, pas encore au point. Interdire au mieux la raquette aux géants yougoslaves… Chaque point encaissé dans ce secteur déterminera la fin de la rencontre. À Sibenik, l’impasse sur un des deux Américains de Limoges, pourrait coûter cher, sachant que Ed Murphy souffre d’un hématome à la cuisse, mais a la main chaude, surtout dans les 6-7 mètres, et ce même avec un pépin à la cuisse. L’infirmerie limougeaude compte un autre blessé, cette fois-ci, aux adducteurs, Richard Dacoury. Ils seront présents, mais s’agit-il d’une énième intox ? Bon match et que le meilleur gagne !

Boxscore du match.

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