Croatie vs C.E.I., demi-finale des J.O. 1992, Palau San Jordi, Barcelona.

1989-1991. Fragilisé, le bloc communiste vole en éclat. L’Europe de l’Est est en souffrance autant qu’elle surfe sur ce vent de renouveau. Pour le basket Européen, c’est une vraie révolution. Les deux mastodontes historiques disparaissent, donnant naissance à un florilège de nouvelles nations. L’Eurobasket 91′ s’est joué pour la dernière fois avec la Yougoslavie réunifiée – championne – et l’URSS, empire disparu, n’avait pas encore donné naissance à ses avatars et a donc brillé par son absence de la compétition.

En 1992, les Plavis se retrouvent ainsi privés de compétition (embargo de l’ONU) et amputés de la Croatie, la Slovénie ou encore la Bosnie, tous ayant gagnés leur indépendance. L’ex-empire soviétique lui, redonne naissance à la Lituanie et l’Estonie, le reste de ses nations se retrouvant dans une organisation temporaire, née sous le nom de C.E.I., “Communauté des États Indépendants”.

Drazen Petrovic & Dino Radja : après le Plavi de la Yougoslavie, voici e rouge de la Croatie

Drazen Petrovic & Dino Radja : après le Plavi de la Yougoslavie, voici le rouge de la Croatie

C’est donc dans ce contexte flou, tendu et inédit que les Jeux Olympiques de Barcelone se tiennent. La C.E.I., qui marche encore dans les pas du géant soviétique, établi le record de médailles avec 112 breloques (dont 45 en or). La Croatie, dont c’est donc la première apparition en tant que nation olympique se montrera plus discrète : 3 médailles (dont une pour l’équipe de basket). Aucune du plus beau métal.

Le 6 août 1992, les deux “nations” s’affrontent en demi-finale du tournoi pour remporter… la médaille d’argent. Comprenez qu’en finale, contre la Dream Team, on ne pourra rêver mieux qu’une énième humiliation devant les yeux du monde entier.

La Croatie avec son “big-three” Petrovic-Kukoc-Radja

La Croatie a jusqu’ici réalisé un beau parcours. 4 victoires en poule, contre le Brésil, l’Allemagne, une Angola accrocheuse et l’Espagne qui joue à domicile. La seule défaite a été concédée contre les USA (103-70), lors d’un match qui a viré à la démonstration, Jordan et Pippen prenant très à cœur le fait d’humilier la pépite Toni Kukoc, tant convoité par leur G.M. des Bulls, Jerry Krause. En quart-de-finale, les Croates de Petar Skansi, atomisent les Australiens d’Andrew Gaze sur les ailes d’un Petrovic divin (25 pts à 10/14).

Petrovic est le seul jeur qui tiendra vraiment tête à Jordan et Cie

Petrovic rayonne sur ces Jeux Olympiques : 24,6 pts !

Si la Dream Team Américaine est le centre d’intérêt de ces Jeux Olympiques, Drazen Petrovic en est assurément un rayon de soleil. Le génie Croate, dont c’est la dernière compétition internationale disputée avant sa disparition tragique, termine 2ème scoreur du tournoi avec 24,6 pts, à une toute petite encablure de la légende Brésilienne Oscar Schmidt (24,8). Le joueur des New-Jersey Nets assure et éclabousse de sa classe, de son aisance dans le jeu. De son génie. Tout simplement.

Dino Radja, qui joue alors au Messagero Roma (pour un contrat mirobolant à l’époque), le seconde de la meilleure manière qui soit. Le puissant intérieur assure 16,8 pts et 6,9 rbds. Son culot et sa hargne l’amèneront vers la NBA, où il rejoindra les Boston Celtics un an plus tard. Il partage justement la peinture avec un Celtic, le golgoth défensif Stojko Vrankovic. Le géant (2m17) est alors une force de dissuasion de premier rang, même si son tournoi se montrera très décevant dans l’ensemble (hormis le match de poule contre les USA, 11 pts & 8 rbds, il n’assurera que… 3 pts 2 rbds de moyenne !). En même temps, il n’est pas aisé d’avoir la gonfle entre les mains, quand en plus de Petrovic et Radja, vous avez encore à côté de vous Arijan Komazec ou Toni Kukoc… Komazec (KK Zadar) est un scoreur (qui a dit croqueur ?!) incroyable et il s’occupe de toutes les munitions qui n’ont pas été envoyées au fond du filet par le duo Petrovic-Radja (12,8 pts). Toni Kukoc (2m08, 24 ans, Benetton Treviso) joue lui, le rôle de meneur de jeu et de facilitateur dont cette équipe pétrie de talent a tant besoin. Le jeune Croate, si arrogant habituellement, fait alors un tournoi emprunt d’humilité et de sobriété, presque de timidité. Kukoc est sous le feu des projecteurs, sous la vendetta du duo des Bulls et il fait profil bas. Son rôle dans cette esquade reste tout de même essentiel et il parait facile sur le terrain.

Le jeune Toni Kukoc assure malgré les regards braqués sur lui...

Le jeune Toni Kukoc assure malgré les regards braqués sur lui…

Derrière ces cinq là, ce n’est pas mal non plus : Vladimir Perasovic (qui va rejoindre Vitoria, 8 pts de moyenne sur le tournoi), Danko Cjveticanin (qui rejoint l’Estudiantes Madrid), Aramis Naglic (Split) ou Vladan Alanovic (Cibona Zagreb) sont les back-up sur les postes extérieurs. A l’intérieur, on retrouve Franjo Arapovic (Cibona, lui aussi) et le jeune Zan Tabak, qui quitte Split pour l’Italie et rejoindra plus tard Houston en NBA. Du lourd.

Derrière le sourire de leur “petit Mozart”, les Croates dont les stars sont idolâtrées sur le Vieux Continent bénéficient de la sympathie du public Espagnol. Cette équipe joue bien et tout le monde a réellement envie de les voir défier à nouveau les Américains en finale. Histoire de voir si…. on ne sait jamais…

La C.E.I. compte bien montrer que “l’URSS” n’est complètement pas morte…

En face, la Communauté des États Indépendant ne compte pas laisser la place en finale lui échapper. Orphelins de Sabonis, Marciulionis et consorts lituaniens – dont la hype sur ces J.O. est au plus haut, derrière leurs t-shirts bariolés et leur Kodak jetables – les joueurs de Yuri Selikhov, le coach de Trier en Allemagne comptent bien s’appuyer sur leur parcours solide jusqu’ici. En poule, ils n’ont baissés les armes que contre les Porto-Ricains de Picculin Ortiz et Jérôme Mincy. Leurs 4 victoires contre la Chine, le Venezuela, l’Australie et leur “frères” Lituaniens ont été acquise sans véritable frayeur. En quart-de-finale, l’Allemagne leur aura proposé une belle résistance, mais Thikonenko et Volkov ont monté leur niveau de jeu pour accéder à l’étape suivante.

Sacha Volkov sort dune solide saison avec les Hawks

L’Ukrainien Sacha Volkov, ici avec les Atlanta Hawks

Les deux intérieurs sont les leaders de cette équipe “communautaire”. L’Ouzbek Valeri Tikhonenko (2m07, Unicaja Malaga) est monstrueux avec ses 18,6 pts et 4,5 rbds. Et le musculeux Ukrainien des Atlanta Hawks, Sacha Volkov le complète à merveille (15,5 pts 7,8 rbds). Le duo est si dominant en dessous que même Sabonis n’aura rien pu faire contre eux.

Derrière eux, l’effectif est moins éclatant, même s’il reste très solide. L’ailier Ukrainien Viktor Berezhnoi, joueur méconnu qui jouera essentiellement au CSKA et en Turquie, est le 3ème scoreur de l’équipe (11,5 pts) et l’arrière Letton Gundars Vetra est en partance pour les Minnesota Timberwolves. L’équipe est drivée par le tout jeune Serguei Bazarevitch, qui deviendra la future star de l’équipe de Russie.

18,6 pts & 4,5 rbds. Valeri Tikhonenko assure...

18,6 pts & 4,5 rbds. Valeri Tikhonenko assure…

Sur le banc on retrouve quelques têtes connues avec le Letton Igor Miglinieks, le jeune Serguei Panov, qui sera lui aussi un cadre de l’équipe Russe (et du CSKA) dans les années à venir ou le mammouth Vitali Nossov (2m12 – 115 kg et qui passera par le CSKA, le Khimki, la Grèce et la Turquie). On découvre aussi quelques joueurs moins médiatisés comme les Russes Vladimir Gorin et Dmitri Soukharev ou encore l’Azerbaïdjanais Elsad Gadasev. Et oui, la sélection “communautaire”, formation d’apaisement et de transition politique, se doit aussi de représenter tous les “États Indépendants”.

Enfin, à noter que le géant Ukrainien Aleksandr Belostenny et ses 2m24 font leur dernière apparition sur un parquet de compétition internationale, après avoir gagné 3 Eurobaskets (79, 81, 85) et les Jeux de Séoul en 1988 avec l’URSS. Il est aussi l’un des joueurs les plus médaillés de l’histoire des championnats du monde de basket avec l’Or en 1982 et l’Argent en 1978, 86 et 90.

Un match pour la vie. Un match pour la mort.

Dans un match disputé donc, dans un contexte politique particulier, les deux équipes espèrent l’emporter pour l’honneur de défendre leurs couleurs face à la Dream Team en finale. Un match pour vivre. Tout simplement.

Le duel des stars tant attendu aura bien lieu : les duos Petrovic-Radja (47 pts à eux deux !) et Volkov-Thikonenko (38 pts) se livreront un combat sans merci. Jusqu’à la dernière seconde de jeu… Un final grandiose et haletant !

Boxscore du match

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