Le 6 Avril 1992, H.H.H. Metrodome, Minneapolis.

L’histoire est en marche. C’est par ces mots que l’on pourrait résumer cette finale Michigan – Duke. D’un coté les Wolverines, les fameux “Fab Fives” qui deviendrait la première équipe universitaire à décrocher le titre avec un noyau dur composé essentiellement de freshmens et de l’autre les Blue Devils, en quête d’un doublé qui n’a plus été réalisé depuis 20 ans. Mais l’engouement autour de cette finale, va bien au-delà. Les deux formations ont été les plus médiatisées et détestées de la saison. La fac de Duke, considérée comme arrogante et élitiste, compte en son sein le joueur le plus haï de l’histoire de la NCAA. Les kids de Michigan, eux, sont venus s’inscrire dans la lignée des Runnin’ Rebels d’UNLV. A coup de trash-talking, de looks décalés et de dunks, ils sont venus chatouiller la traditionaliste NCAA. Pour ne rien gâcher, nos duellistes ne peuvent pas s’encadrer. Les Wolverines ont été une des rares équipes à pouvoir contester la marche en avant de Duke dans la conquête du repeat en ne s’inclinant que 88-85, après prolongation, en saison régulière. Lors de ce match, les jaunes et noirs ont prouvé que leur talent, supposé, était bien réel et qu’il ne fallait pas les sous-estimer.

Un match électrique  pour laisser son empreinte dans le grand livre du basket universitaire. Il n’en fallait pas plus à l’équipe de BBallchannel pour vous proposer cette rencontre!

 

Laettner, t’iras sûrement en enfer

Duke est, sans conteste, le moins aimé des finalistes. Mais pourquoi tant de haine ? Mike Krzyzewski n’est-il pas un éducateur reconnu et respecté ? L’équipe ne compte-t-elle pas de gentils gars comme Grant Hill le futur nice guy de la NBA? Oui bien sûr, personne ne le conteste, mais les Blue Devils apparaissent surtout comme l’équipe où sévit un certain Christian Laettner.

Talentueux, arrogant, surcoté, leader, coéquipier insupportable, clutch, roi du coup de coude vicelard… Les appréciations contradictoires ne manquent pas pour qualifier l’intérieur des bleus et blanc. Pour calmer, un peu ses détracteurs, il pourrait au moins avoir l’obligeance d’être moche et stupide,  mais non, même pas!

Le quart de finale du tournoi NCAA contre Kentucky est venu grandir la légende de Christian Laettner. Proche de l’élimination après une saison trop facile (trente-deux victoires et deux courtes défaites contre North Carolina et Wake Forrest dans la conférence ACC), Duke s’en sort grâce à un tir de la dernière seconde, tout en maîtrise, de sa star (ce tir décisif restera comme le plus célèbre de l’histoire du basket universitaire  même devant celui de Jojo contre Georgetown). Un shoot qui plombe, encore aujourd’hui, le moral de l’état du Kentucky qui n’oublie pas que le senior des Blue Devils aurait dû être expulsé du match après s’être amusé à piétiner un joueur des Wildcats . Oh et il a juste réalisé le match parfait en attaque ! 31 points avec 10 sur 10 aux tirs et 10 sur 10 aux lancers francs ! Simplement écœurant.

Le shoot, mythique, de Laettner contre Kentucky. Sean Woods, le meneur des Wildcats, avait, pourtant, cru faire le plus dur, en banlaçant un tear drop à 2 secondes de la fin. Cultissime, également, la réaction, en direct, d'un fan de Kentucky lors de ces deux moments

Le shoot, mythique, de Laettner qui lui a fait gagner plein d’amis dans le Kentucky. Sean Woods, le meneur des Wildcats, avait, pourtant, cru faire le plus dur, en balançant un tear drop miraculeux  à 2 secondes de la fin… Les réactions, en direct, d’un fan de Kentucky sont également cultissimes.

Laettner et coach K savent bien la difficulté de conquérir le titre NCAA et de le garder. Abonné au Final Four depuis la saison 85-86, Duke est incapable de gravir la dernière marche. La finale 1990 est le point d’orgue du supplice avec un massacre en règle orchestré par l’ université d’UNLV du coach Jerry Tarkanian (défaite 73-103). Les retrouvailles lors du Final Four 1991, laisse présager une nouvelle correction pour les tuniques bleues tant les Runnin’Rebels ont écrasé la saison (bilan parfait 34-0) mais boom! Laettner (encore lui) rentre deux lancers décisifs, en fin de match, et envoie sa fac en orbite pour son premier titre (victoire 72-65 contre Kansas en finale). Duke est prévenu. Remporter un second trophée ne sera pas un long fleuve tranquille.

Après le miracle contre Kentucky, ils tombent au Final Four sur les Hoosiers d’Indiana de Bobby Knight, le mentor de Krysweski. Ils les éliminent après un final haletant, sous la houlette de Bobby Hurley, sorte de Bart Simpson à mèches, qui a allumé les pétards à longue distance (victoires 81-78, 26 points à 6 sur 8 à trois points pour le petit meneur).

"Hey Bobby t'as vu? On avait vraiment de sacrés coupes de cheveux à l'époque!"

“Hey Bobby, t’as vu? On avait vraiment de sacrés coupes de cheveux à l’époque!”

Outre Hurley (13.2 points, 7.2 passes) et l’antéchrist Christian (21.5 pts, 58% aux shoots dont 56% à trois points!!! et 8 rebonds), les Blue Devils peuvent compter sur le duo des inspecteurs Hill (aucun lien de parenté), Thomas et Grant, toujours prêts à verbaliser le panier adverse.  Brian Davis, bon défenseur, s’est blessé à la cheville contre Indiana et ne sera pas à 100% pour cette rencontre.

Si les titulaires sont redoutables et parfaitement rodés (ils ont tous participé au premier titre), les remplaçants offrent moins de garantie avec le jeune indiano-ardéchois Cherokee Parks et le bondissant Antonio Lang comme seules rotations valables.

Duke est bien sûr favori,  mais la pression du deuxième sacre ne sera-t-elle pas trop forte?

 

Cinq Garçons dans le vent

Le premier titre des Wolverines est également tout chaud : il date de 1989. Mais le temps universitaire est impitoyable, car deux ans plus tard, les principaux artisans du titre sont tous partis à la pêche aux dollars (Glen Rice, Rumeal Robinson, Terry Mills, Loy Vaught…). Michigan, qui a eu du mal à retrouver des joueurs aussi performant finit la saison 90/91 avec un bilan négatif de 14v-15d. Ce qui n’est pas du goût du coach Steve Fischer qui décide de focaliser ses efforts dans le recrutement.

Qui est le meilleur lycéen de l’année 1991 ? Chris Webber et, il est de Detroit, Michigan. A priori facile à convaincre. Oui mais voilà, ce genre de guguss s’arrache comme un slip de Justin Bieber vendu sur Ebay. “Voulez-vous jouer avec mouaaaa?” demande Indiana, “Voulez-vous jouer avec mouaaa?” demande North Carolina, “Voulez-vous jouer avec mouaaaa?” demande Duke. Toutes les grosses facs du pays sont sur le coup. Quand on sait que la NCAA possède près de trois cents équipes de Division 1, on imagine que le facteur des Webber livre le courrier de la famille par camion et qu’il doit se demander pourquoi les e-mails n’ont pas été inventé vingts ans plus tôt, çà lui faciliterait la vie. Mais nous nous égarons un brin.

Fischer ne se focalise pas uniquement sur Webber pour renforcer son équipe. D’autres lycéens sont sur sa liste. Il parvient, déjà, à enrôler Juwan Howard, le meilleur intérieur de cette cuvée (avec C-Webb). Jimmy King, l’un des arrières les plus talentueux, rejoint aussi les Wolverines en compagnie d’un autre texan, Ray Jackson, un ailier bien physique. Avec ces trois joueurs là, Michigan fait déjà un superbe recrutement mais cerise sur le gâteau, Chris Webber décide de rejoindre le groupe ! Et ce n’est pas fini ! Car, pépite de chocolat sur la cerise, le meilleur ami de Chris, Jalen Rose, le plus versatile basketteur de high-school, vient compléter le meilleur recrutement de première année de l’histoire de la NCAA Michigan devient la nouvelle attraction médiatique du basketball universitaire et notre quintet héritera d’un surnom qui restera dans toutes les mémoire:  les “Fabulous Five”!

Une équipe jeune,  talentueuse, qui n’a pas la langue dans la poche (Jalen Rose serait capable de faire perdre son zen à un moine bouddhiste fumeur de marijuana). Une équipe très soudée, également, car les cinq freshmens deviennent, rapidement, inséparables. Ils partagent tous une passion pour les shorts bien larges et la musique hip-hop. Autre facteur de rapprochement, ils n’aiment pas Duke et Christian Laettner qui ont brisé la domination naissante d’UNLV. Une formation, dont le style de jeu et la personnalité, les inspiraient beaucoup.

"Et Dieu, qui voyait que le monde de la NCAA était trop rose; décida, dans son immense ironie, de créer Jalen Rose."

“Et Dieu, qui voyait que le monde de la NCAA était trop rose; décida, dans son immense ironie, de créer Jalen Rose.”

La saison NCAA est bonne (20v-8d), compte-tenu de l’inexpérience de l’effectif et de la difficulté de la conférence Big Ten qui compte des poids lourds comme Ohio State, Indiana, Michigan State et Iowa qui seront tous qualifiée pour le tournoi final. Jalen Rose (17.5 points, 4 rebonds, 3.8 passes) et Chris Webber (15.4 points, 10.1 rebonds, 2.4 contres) ont facilement fait la transition du lycée à l’Université et se sont imposés comme les leaders de l’équipe.

Le pari de Steve Fischer a réussi, et il a de quoi être confiant pour l’avenir car ses garçons ont un potentiel énorme. Cette année, par contre, ça risque d’être juste pour aller loin lors du March Madness

“Rien n’est trop difficile pour la jeunesse”. Les Fab’Five n’ont probablement jamais lu Socrate mais ils vont faire corps avec son idée. Ils éliminent d’abord Temple et East Tenessee State, deux adversaires à leur portée avant de s’attaquer, à apparemment, plus fort qu’eux. Les Cowboys d’Oklahoma se font pourtant éjecter, eux aussi (75-72, avec un Byron Houston réduit à 2 sur 14 aux tirs). Ohio State se dresse pour renvoyer les jeunots à leurs études mais malgré leur statut de favori et des joueurs de la trempe de Jim Jackson et de Lawrence Funderburke, Michigan se surpasse pour une courte victoire 75-71 (23 points, 11 rebonds de Chris Webber). Un dernier succès, à l’arrache, de quatre points contre les Bearcats de Cincinnati envoie nos jeunes Wolverines pour une finale grandiose contre leurs ennemis intimes de Duke!

Christian Laettner et Chris Webber: intérieurs, techniques, talentueux et un grand succès auprès du public féminin. Dans un monde idéal, ils seraient les meilleurs amis du monde mais là ils ne peuvent pas s'encaisser.

Christian Laettner et Chris Webber: intérieurs, techniques, talentueux et un certain succès auprès du public féminin. Dans un monde idéal, ils seraient les meilleurs amis du monde mais là ils ne peuvent pas s’encaisser.

Une confrontation a priori, difficile mais, coach Fischer a quelques cartes dans sa manche pour contrer Duke. D’abord les vingts centimètres de différence entre Jalen Rose (2m03) et Bobby Hurley, un problème pour le meneur de poche si son adversaire direct veut l’attaquer dos au panier. Ensuite la doublette Webber-Howard a l’envergure et la mobilité pour gêner Laettner. Il suffira juste de s’inspirer d’Indiana qui a superbement maîtrisé la star des Blue Devils (8 points à 2 sur 8 seulement) . Le banc peut-être, aussi, une clé du match car Michigan dispose d’une plus grande profondeur d’effectif. Kevin Talley (11.5 points en 90-91) et Eric Riley (10.6 points, 8.6 rebonds, 2.8 blocks en 90-91) étaient de solides titulaire avant l’arrivée du Fab’Five. Enfin, les grosses qualités athlétiques des Wolverines peuvent contrecarrer, en défense, la machine bien huilée des Blue Devils.

Aux commentaires Eric Besnard et George Eddy!

Le box-score de la rencontre.

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Les Anecdotes autour du match:

ESPN, dans sa série d’émissions “30 on 30” a réalisé deux superbes documentaires: “I hate Christian Laettner” revient sur les raisons de la détestation du joueur de Duke et “The Fab’Five” retrace le parcours des cinq kids de Michigan. A ne pas manquer, si vous voulez en savoir plus sur les acteurs de cette rencontre et si vous êtes capable d’understand english a little. Le père de Bobby Hurley (une légende du coaching lycéen) a été le coach de Christian Laettner lors du McDonald High Scool All American Game 1988
L’Université d’UNLV n’a pas participé au tournoi cette année. Une saison catastrophe suite au départ de ses meilleurs joueurs (Larry Johnson, Stacey Augmon, Anderson Hunt, Greg Anthony)? Même pas, UNLV a de nouveau été brillant (26v-2d) mais suspendu du tournoi final à cause de multiples infractions aux règles NCAA. Michigan, qui ressemble définitivement beaucoup à l’Université de Las Vegas, connaîtra le même genre de problème. La NCAA, découvre des années plus tard la période Fab’Five, que certains joueurs s’étaient fait prêter de l’argent par un type pas très catholique…
Cherokee Parks (sans tatouages!), comme son prénom l’indique, a des origines indiennes et encore plus surprenant il a joué en N2 en France! Plus précisément en 2010-2011 à l’U.S Aubenas,en Ardèche. Une véritable histoire d’amour entre l’ex-joueur de NBA et le petit club du 07
Brian Davis a joué à Pau, pour sa première saison pro, en 1992-1993
Jalen Rose est le fils de l’ancien premier choix de la draft 1967, Jimmy Walker, qui ne l’a jamais reconnu…
Bobby Knight a été le coach de Mike Krzyzewski à l’Université de West Point, c’est lui que Krzyzewski a choisi pour parrain lors de son intronisation au Hall of Fame en 2006 (Knight fut introduit en 1991)…
Lors du titre de 1989, Steve Fischer qui était assistant-coach à Michigan depuis huit ans, remplaça au pied levé l’entraîneur en chef Bill Frieder, viré juste avant le début du tournoi . Efficace comme intérim.

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